Intentions de mise en scène :
L'histoire qu'on connaît.
C'est classique : deux amants sont séparés par les désirs d'affaires d'un père qui a conclu un marché juteux en vendant sa fille à un riche américain. Le mariage est une affaire comme une autre pour ce négociant qui ne connaît pas la crise. Ensuite, tout est comme d'habitude : l'américain arrive, trouve la jeune fille très à son goût, elle non, se réjouit de la bonne transaction engagée, elle non, ne voit pas plus loin que le pli de son porte-feuille, elle si. Du bonheur des riches au bonheur des amants, il y a un gros micmac à débrouiller, un américain à duper, un père à contourner, un monde à basculer. Quand les cours financiers remplacent les cours du coeur, les bourses spéculent sur des bonheurs à venir achetés à grosses liasses misées sur tapis blancs. Les amants, les jeunes, ceux-là qui ont poches vides et illusions plein le coeur, veulent conquérir leur bonheur (pas marchand pour un sou) et jeter par-dessus bord les impératifs économiques qui étouffent leurs désirs amoureux. Ils y arriveront, ils retourneront l'américain de leur côté (pas si bête, pas si entêté, pas si borné par ses sous, finalement) qui retournera lui-même le fameux chèque-mariage et le père avec. Les hommes signent, encaissent, débitent un univers où ils trouvent l'or et perdent le nord.
Un livret en jeu, des mots en images.
Rossini, c'est chanté en italien. Mais le chant ne dit pas tout et avant que la parole ne suffise plus à faire éclater les coeurs, les personnages parlent : il y a les récitatifs. Ça parle, ça joue, ça devient du théâtre. Alors, nous choisissons de traduire les récitatifs en français : à l'italien le chant, les airs de confusion, les airs de désespoir et d'amour; au français les échanges rapides, commerciaux, les tactiques et les avanies du coeur. Et pour que tout soit clair, les airs en italien sont traduits en sur titrage. Mais pas question de faire défiler dans un coin en haut, ou en bas, les traductions pour néophytes : tout ce que diront les personnages pourra être retenu contre nous. Sur l'écran blanc du monde économique, les courbes des marchés internationaux se mêlent aux courbes des femmes à vendre (qui sont fort bien cotées) et aux courbes des phrases qui oscillent à travers les intérêts et les sentiments. Les mots s'inscrivent dans le monde et sur les corps et tatouent les cours chiffrés d'une encre humaine qui se débat dans la course aux actions.